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Lien vers cette page     Aperçus sur l’Initiation, René Guénon, éd. Éditions Traditionnelles, 1964

CHAPITRE XXIII - SACREMENTS ET RITES INITIATIQUES



p. 160
 
multiplicité de degrés ou de modalités, qui généralement correspondent en quelque sorte aux phases principales de la vie d’un individu. D’autre part, ce même mot d’« agrégation » peut donner l’idée d’une relation qui reste encore extérieure en un certain sens, comme s’il s’agissait simplement de se joindre à un « groupement » ou d’adhérer à une « société », alors que ce dont il s’agit est d’un tout autre ordre et implique une assimilation qu’on pourrait dire « organique », car il y a là une véritable « transmutation » (abhisambhava) opérée dans les éléments subtils de l’individualité. M. Ananda K. Coomaraswamy a proposé, pour rendre samskâra, le terme d’« intégration », qui nous paraît en effet bien préférable à celui d’« agrégation » à ces deux points de vue, car il rend bien exactement cette idée d’assimilation, et, en outre, il est facilement compréhensible qu’une « intégration » puisse être plus ou moins complète et profonde, et que, par conséquent, elle soit susceptible de s’effectuer par degrés, ce qui rend bien compte de la multiplicité des samskâras à l’intérieur d’une même tradition.
 

     Il faut remarquer qu’une « transmutation » comme celle dont nous parlions tout à l’heure a lieu en fait, non pas seulement dans le cas des samskâras, mais aussi dans celui des rites initiatiques (dîkshâ)1 ; c’est là un des caractères que les uns et les autres ont en commun, et qui permettent de les comparer sous certains rapports, quelles que soient par ailleurs leurs différences essentielles. Il y a en effet également, dans les deux cas, transmission ou communication d’une influence spirituelle, et c’est cette influence qui, « infusée » en quelque sorte par le rite, produit dans l’individualité la « transmutation » en question ; mais il va de soi que les effets pourront en être limités à tel ou tel domaine déterminé, suivant le but propre du rite envisagé ; et c’est précisément par leur but, donc aussi par le domaine ou l’ordre de possibilités dans lequel ils opèrent,


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[1] Le mot dîkshâ est, en sanscrit, celui qui signifie proprement « initiation », bien que parfois il faille le rendre plutôt par « consécration » (cf., sur la. connexion de ces deux idées, ce que nous avons dit plus haut des différents sens du verbe grec mueô) ; en effet, dans certains cas, par exemple quand il s’agit d’une personne qui offre un sacrifice, la « consécration » désignée par le terme dîkshâ n’a qu’un effet temporaire, étant valable seulement pour la durée du sacrifice lui-même, et devra être renouvelée si, par la suite, la même personne vient à offrir un autre sacrifice, fût-il de la même espèce que le premier ; il est donc impossible de reconnaître alors à cette « consécration » le caractère d’une initiation au vrai sens de ce mot, puisque, comme nous l’avons déjà dit, toute initiation est nécessairement quelque chose de permanent, qui est acquis une fois, pour toutes et ne saurait jamais se perdre dans quelques circonstances que ce soit.
 
     
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