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Lien vers cette page     La France Antimaçonnique, René Guénon, non publié, 1910-1914

L’Initiation Maçonnique du F∴ Bonaparte



p. 9
 
admet que Bonaparte, qui alors « n’était que Maître », reçut à Malte, l’année suivante, les hauts grades d’un Régime Écossais. Les FF∴ Clavel et Lawrence paraissent donc avoir fait une confusion, et cette question reste à résoudre : où Bonaparte avait-il reçu les grades symboliques ? Peut-être est-ce dans une Loge militaire, mais nous n’avons rien trouvé qui permette de l’affirmer.
 

     Quoi qu’il en soit, signalons encore un autre document qui se trouve dans le Miroir de la Vérité, dédié à tous les Maçons, publié en 1800 par le F∴ Abraham1. Ce volume se termine par deux pièces de vers du F∴ Boisson-Quency2.
 

     La première (pp. 372-379) porte le titre suivant : « Veni, vidi, vici : Ode au T∴ C∴ et T∴ R∴ F∴ Bonaparte, Premier Consul, sur le passage du Mont Saint-Bernard et la bataille de Marengo. »
 

     La seconde (pp. 380-386) est un « Poème sur les exploits militaires, les vertus sociales et maçonniques (sic) du T∴ Cet T∴ R∴ FMoreau, Général en chef, Membre de la R∴ L∴ de la Parfaite Union, à l’O de Rennes. »
 

     Le rapprochement de ces deux noms est assez singulier, lorsqu’on pense au rôle que devait jouer, à peine quatre ans plus tard, ce même F∴ Moreau dans le complot formé contre le F∴ Bonaparte par le chef royaliste George Cadoudal3.
 

     Maintenant, quel est le Régime Écossais (de hauts grades) auquel Bonaparte fut affilié, vraisemblablement, durant son séjour à Malte ? Le F∴ Hiram (Ch.M. Limousin), dans son Résumé de l’Histoire de la Franc-Maçonnerie (p. 359) dit que « Napoléon semble avoir été le chargé d’affaires de la Stricte Observance » mais La France Antimaçonnique a reproduit (25e année, n° 40, pp. 434-437), un article de L’Acacia, relatif à La L Le Centre des Amis (G∴ O∴ D∴ F∴), et dans lequel le F∴ E. de Ribaucourt s’élève contre cette affirmation et semble donner à entendre que le Rite auquel appartenait Bonaparte n’était autre que le Régime Écossais Rectifié.
 

     Les Directoires de ce Régime étaient depuis longtemps en relations étroites avec le Grand-Orient de France, comme le montrent ces indications données par Thory dans ses Acta Latomorum :
 

     « 13 avril 1776. – Traité d’union entre les commissaires respectifs du


——————————
[1] Ce F∴ Abraham s’intitule « M∴ A∴ T∴ G∴ (Maître à tous grades), Membre du G∴ O∴ de France, 1er Fondateur et Vénérable de la R∴ L∴ des Élèves de la Nature » ; mais le F∴ Clavel (op. cit., p. 242) le traite « d’homme taré, et l’âme de la dissidence écossaise » ; d’après M. Benjamin Fabre (op. cit., p. 249) « ce juif se livrait au trafic des hauts grades maçonniques ». Voici ce qu’on trouve à ce sujet dans Thory (Acta Latomorum, tome Ier, p. 249) : « SUPRÊME CONSEIL DU 33e DEGRÉ. – 2 décembre 1811. – Le Conseil fulmine contre quelques établissements irrégulièrement formés, et déclare nuls et abusifs tous les Brefs, prétendus écossais, délivrés par le nommé Antoine-Firmin Abraham, comme membre de la Loge des Élèves de Minerve, à Paris (Voir 1803, p. 214, article ÉCOSSE.) » À cet endroit, nous lisons ce qui suit : « GRANDE LOGE DE SAINT-JEAN. – On fait lecture, dans la Grande Loge, d’une lettre de Louis Clavel, Grand-Maître Provincial de l’Ordre de Saint-Jean d’Édimbourg auprès de la Grande Loge de Rouen, demandant à être autorisé à constituer une Loge écossaise à Marseille. À cette requête était jointe la copie d’un écrit attribué à la Grande Loge d’Écosse, par lequel cette dernière paraissait donner, à une loge de Paris, nommée les Élèves de Minerve, le droit de délivrer des constitutions. La Grande Loge déclare qu’elle n’a jamais concédé de pareils pouvoirs (Lawrie, The History of Freemasonry, p. 292.) » Il y a probablement identité entre cette Loge des Élèves de Minerve et celle des Élèves de la Nature.
[2] Le F∴ Boisson-Quency, « Adjudant-Commandant, Membre de plusieurs Académies et Sociétés littéraires », était « Vice Orateur de la R∴ L∴ des Élèves de la Nature ».
[3] Exilé à la suite de ce complot, le Général Moreau se rendit d’abord en Amérique ; revenu en Europe, il fut tué à Dresde, en 1813, en combattant contre sa patrie dans les rangs des Russes. On voit ce qu’il faut penser des « vertus sociales » que célébrait le F∴ Boisson-Quency.
 
     
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